Mairie et Eglise a l'époque de la guerre
Mairie et Eglise à l'époque de la guerre

1944-1995 51 ans après Monterfil se souviens

UN hommage au trois supliciées

En 1995 devant le monuments aux morts de Monterfil : municipalité, anciens combattants et population venue nombreuse, leur ont été rendu un hommage émouvant. La même année, pour le 50ème anniversaire de l'armistice, une brochure spéciale "Monterfil sous l'occupation" fût éditée.

Une libération assombrie

 

Au lendemain du 6 juin 1944, la bataille fait rage en Normandie. C’est le choc effrayant et meurtrier entre les Alliés qui avancent inexorablement et les divisions allemandes qui s’accrochent au terrain.

 

A Monterfil il faudra attendre deux mois avant l’arrivée de nos libérateurs . Le 4 août 1944, c’est le chassé-croisé entre les Allemands qui quittent précipitamment le camp des Chênes-Froids et le rouleau-compresseur américain. Quatre ans après avoir sonné le tocsin le 17 juin 1940, les cloches de l’église fêtent, à toute volée, la liberté retrouvée. Après ces années d’occupation, les Monterfilois n’aspirent qu’à la paix et à la joie.

 

Hélas, un groupe de "résistants", en grande majorité étrangers à la commune, fait irruption et vient assombrir cette libération. S’arrogeant le rôle de justiciers, ils vont s’en prendre ignominieusement à des femmes dont le seul "crime" aurait été d’avoir été complaisantes à l’égard des Allemands. La population incrédule, puis stupéfaite va apprendre leur exécution. Cet événement hante encore les esprits.

 

Georges.Duviviier

 

 

Réflexions sur les évènements qui se sont déroulés à Monterfil à la Libération

 

Les réflexions qui vont suivre ont été éclairées, notamment, par le livre de Pierre Leborgne «Histoire de Monterfil » et par le cahier d'un résistant habitant Rennes. Elles sont également exposées à la lumière des nombreux témoignages recueillis auprès des personnes qui ont vécu les évènements succédant la Libération.

 

Au cours de l'année 1943, il se serait formé à Monterfil un réseau de résistance, composé pour partie d'ouvriers de la société «La Parisienne» constructrice du camp des Chênes-Froids et de quelques personnes de Monterfil, en liaison avec d'autres groupes de résistants du secteur, parmi lesquels se trouve André Leclerq de Talensac. Celui-ci est chargé de récupérer les armes dissimulées à travers la campagne et abandonnées par la troupe française en 1940. Les Allemands ne récupéreront pas tout. « Il y en avait tant, m'a dit quelqu'un, qu'on n'avait qu'à se baisser pour ramasser ».

 

André Leclerq est vu à plusieurs reprises dans les allées du château du Logis, la nuit, avec des armes sur le dos. Il cherche également des recrues. A-t-il commis des imprudences? Il sera vendu par un milicien du coin, arrêté, torturé, sauvagement assassiné par la milice et abandonné aux portes de Rennes.

 

Ce groupe aurait possédé un poste émetteur, dissimulé dans un grenier, auprès du château, ce qui permettait de correspondre avec Londres et de recevoir des messages, malgré que des officiers allemands et notamment le commandant du camp logeaient au château. Ce qui fait dire à certaines personnes qu'il y aurait des complicités silencieuses ou actives. Mais rien n'est prouvé.

 

Le jour de l'arrivée des Américains, un groupe d'une douzaine de personnes avec à leur tête un certain « Bébert », une femme surnommée la «grosse» et un certain mystérieux « Lieutenant Legof », établissent leur quartier général au château. Ils font une razzia sur le camp qu'ils connaissent particulièrement bien, s'emparant de l'alcool et de barils de rhum, notamment, et de tout ce qui n'a pas été touché par l'incendie et le minage du camp.

 

Ils constituent également un tribunal fantoche qui siège en permanence, présidé par la «Grosse ». Les interrogatoires sont menés par « Bébert ». Sous l'emprise de l'alcool et de la haine meurtrière, trois femmes sont condamnées à mort, sauvagement assassinées et enterrées sur la commune voisine le lendemain 4 août. Leur seul crime connu à ce jour est d'avoir eu des faiblesse pour l'occupant. Deux de ces personnes originaires de la région seront exhumées et enterrées dans leur commune d'origine. Quant à Suzanne, originaire de l'Aisne...?

 

Même si ces femmes furent exposées dans le bourg, tondues et couvertes de croix gammées, personne n'aurait imaginé que leurs tortionnaires, en seraient venus à un tel acte de barbarie. Ces actes ont été commis au corps défendant de la population de Monterfil, toute imprégnée de la joie de la Libération.

 

Les principaux instigateurs de cette mascarade meurtrière sont morts ou ont disparu après la guerre, mais ils ont gravement souillé la résistance dans notre région. Parallèlement se sont regroupés au château, au cours du mois d'août, les groupes de résistants des environs. Des Rennais sont aussi présents. Quelques jeunes du secteur s'engagent et reçoivent une préparation militaire sommaire. Leur équipement est hétéroclite : du matériel et des armes récupérées à la débâcle de 1940. Ils utilisent aussi la fameuse traction bariolée du commandant du camp.

 

Cette troupe, qui n'a rien à voir avec les évènements cités plus haut, ne brille ni par sa discipline, ni par sa délicatesse. Elle ne laisse pas non plus un bon souvenir aux gens de Monterfil. Ces jeunes constituent néanmoins une compagnie qui fut baptisée «Compagnie MAURAS », du nom d'un résistant tué à l'entrée du village de Beauvais en Paimpont. Ils reçoivent une cuisine roulante et une importante somme d'argent du commandement militaire. Cette somme fut dilapidée et la compagnie n'en vît pas la couleur.

 

Début septembre cette compagnie se regroupe avec d'autres, pour reconstituer probablement le 41ème régiment, qui fut envoyé vers la poche de Lorient, ce qui fît baisser d'un cran la fièvre à Monterfil.

 

Quelques semaines plus tard on apprît que le mystérieux Lieutenant Legof fut renvoyé dans ses foyers pour inaptitude militaire, ivre qu'il était du matin au soir.

 

Quoi qu'on en dise ou qu'on en pense, cette troupe a constitué un petit maillon dans la reconstitution de notre armée, qui ne l'oublions pas sort de l'ombre, renaît de ses cendres, et de quatre années d'occupation et d'humiliations.

 

8 Mai 1995

Alexandre BOUCARD

 

 

 

Stupéfaction

 

J'ai le souvenir, que quand les Allemands sont arrivés, mon père qui avait fait la guerre 14-18 et grand blessé de guerre, fut stupéfait. Mais notre joie fut d’autant plus grande quand les Américains sont arrivés. Nous sommes allés les voir aux Quatre Routes, en passant par les villages. Nous prenions tout le monde au passage, c'était la fête. On leur jetait des fleurs au passage.

Le lendemain mes parents m'avait envoyée chercher du pain au bourg, quelle n'a pas été ma stupéfaction quand j'ai vu les évènements qui se déroulaient. Lorsque je suis revenue à la maison j'ai raconté ce que j'avais vu. Mon père a dit : « Ce n'est pas possible ils ne vont pas faire cela! ».

A dix-huit ans, ça vous marque pour la vie...

Témoignage de Simone MOREL de Montfort, née LEFEUVRE, La Boisselais, en Iffendic.

 

« On n'oublie pas cela »

 

«Dans le pays, sitôt la libération établie, ce fut tout de suite la course aux "collabos" et aux filles qui avaient "fraternisé" avec l'occupant. Le vendredi après-midi 4 août, trois d'entre elles furent exécutées sans jugement. Après avoir été exposées dans le bourg, attachées sous un soleil ardent, couvertes de croix gammées. Quand on l'a vu on n'oublie pas cela. Je revois encore l'une d'entre elles, quelques semaines auparavant. Elle chantait dans le bourg la chanson "J'attendrai". Chaque fois que je l'entends, le souvenir me revient ».

 

Témoignage d'Henri LEBORGNE, 13 ans au moment des faits

2014   70 ème anniversaire

Monterfil, le 30 juillet 2014


C'était il y a 70 ans le 3 août 1944

 

Monterfil, petite commune de 700 habitants fêtait l'arrivée des troupes Américaines et le départ des troupes d'occupations allemandes du camp des "Chênes-Froids" dit des Radars. Le lendemain 4 août, stupeur à Monterfil, une troupe régionale, se disant "résistante" se présenta sur la commune. Les hommes étaient armés et menaçants envers toutes personnes opposantes. A leur tête un certain "Lieutenant Legof". On ramena dans une charrette, en provenance de la gendarmerie de Montfort-sur-Meu, en passant par les Quatre-Routes d'Iffendic, 3 femmes tondues, dénudées et tuméfiées. Ceci avec la complaisance du chef de la gendarmerie. Elles avaient été internées avec d'autres peut être en attendant d'être remises aux autorités judiciaires afin d'être jugées. Après ce parcours de 10 km, elles arrivent au château du Logis, demeure de Louis-Gabriel Oberthür, maire de la commune. Elles subissent encore les pires sévices perpétrés par des personnes folles de haine et d'alcool. Leur long calvaire se termina sur la commune d'Iffendic, dans un bois appartenant à ce même Oberthür. Elles furent massacrées et inhumées sur place. Elles s'appelaient : Marie Guillard épouse d'Alfred Guillard, ancien combattant de la guerre 14-18, leur fille Germaine, 22 ans, elle fréquentait un jeune soldat Allemand, travaillant toutes les deux sur le camp des Chênes-Froids, comme beaucoup, volontaire ou réquisitionné. Le couple a un fils mort sur le front en 1940, « Mort pour la France » marié, père d'un enfant. Suzanne Lesourd, réfugiée venue du département de l'Aisne, travaillant également sur le camp. Exhumer en 1951 pour Marie et sa fille, quand a Suzanne???

Qui était ce lieutenant Legof (soit disant nom de guerre) ? C'était le fils du maire, surnommé "le grand Louis". Il fut fait prisonnier en 1940 lors de la débâcle, envoyé en Allemagne et revenu mystérieusement en 1942, alors qu'il n'était pas soutien de famille, mais bénéficiant sans doute de la position pétainiste de son père. Celui-ci avait reçu dans sa mairie le préfet Ribert, réitérant son total soutien au Maréchal, des écrits de sa main en font foi. Un écrit d'une femme, amenée à côtoyer certaines personnes ayant subit les sévices des tortionnaires du sous-sol du château, accrédite cette idée: faire disparaître au plus vite ces 3 témoins qui en savait trop sur la vie du château qu'ils connaissent bien. Ces gens se croyaient puissants et au-dessus des lois, pensaient-ils naïvement, alors que ces crimes horribles s'apparentent aux crimes de droit commun. Non élucider

En 1995 devant le monuments aux morts de Monterfil : municipalité, anciens combattants et population venue nombreuse, leur ont été rendu un hommage émouvant. La même année, pour le 50ème anniversaire de l'armistice, une brochure spéciale "Monterfil sous l'occupation" fût éditée. Un paragraphe relate le témoignage d'une Libération assombrie. Cette brochure peut être lue sur le site internet  Anciens combattants Monterfil 35 -Jimdo , Guerre 39-45, pages Monterfil sous l'occupation.


Alexandre Boucard

alexandreboucard@orange.fr

Historien de Monterfil

Ancien Combattant

2015  71ème anniversaire

Le responsable de ce crime Horrible

Monterfil le 8 Août 2015
Le drame de Monterfil, trois crimes de droit commun non élucidé ?
L'instigateur de ces 3 crimes horribles était le fils d'un riche propriétaire terrien de Monterfil,
agissant par vengeance, sur des accusations mensongères, inventées et organisées par lui, à son
profit, et d’ailleurs revendiquées par lui même, (toutes les recherches entreprises le prouvent). Il a
bénéficié d'une loi d'amnistie en 1949, malgré qu'aujourd'hui encore, il soit considéré par la vraie
résistance comme étant un faux résistant.
Sont histoire : En 1940 il est fait prisonnier par les Allemands, emmené en Allemagne,
libéré en février 1942, soi-disant pour raison de santé, alors que tous les témoins de l'époque n'y ont
vu qu'un homme en bonne santé et usant beaucoup de l’alcool, marié, sans enfant, il n'est pas
soutien de famille, tout laisse à penser qu'il a bénéficier de complaisance, un document permet de le
penser, les Allemands ne libère les prisonniers que au conte goutte, deux exemples sur la commune
le prouve
Pour montrer aux monterfilois sa reconnaissance envers ses compatriotes resté dans les
geôles allemande, il organisa 2 kermesses, en août 1942 et 43, dans la propriété de son père pour les
  œuvres sociales de la commune de Monterfil, afin d'envoyer des colis aux prisonniers. Ces
kermesses connurent un grand succès et aussi financièrement, mais ni les oeuvres sociales et encore
moins les prisonniers n'en verront la couleur : « témoignage de l'épouse du trésorier pour la
circonstance». Tout ceci en dit long sur la moralité de cet individu connu pour bien d'autres méfaits,
lui et sa femme. Cet assassin de droit commun repose paisiblement dans le caveau familial, avec
dans son épitaphe "39-45", un comble !
Toutes ces histoires étaient connues des gens du pays et notamment par ces 3 femmes qui
travaillaient sur le camps allemands. Tous savaient que les officiers Allemands étaient bien reçu
dans la propriété du père. Lors de leur interrogatoire musclé par des résistants de la dernière heure
dans la ferme d'un village près de St-Péran, ces femmes ont probablement parlé, pas pour avouer
qu'elles avaient dénoncé des résistants mais pour rappeler à ces individus ce qu'eux savaient sur la
vie plus qu'obscure de ce couple. Mis au courant le lieutenant dit Legof, (nom de guerre auto
proclamé de l'individu) est sûrement devenu hystérique. Elles devenaient des témoins gênants qu'il
fallait éliminer rapidement avant quelles ne parlent, avant qu'elles ne rejoignent la caserne
Marguerite à Rennes, lieux de regroupement de toute personne pouvant être soupçonnée de
collaboration avec l’occupant.
C'est probablement la triste histoire de ces 3 crimes de droit commun maquillés en bavure de
la résistance. Cet acharnement de violence ne fut pas seulement commis par des gens avides de
haine et de sang sous l'emprise de l'alcool, mais le mobile il faut le chercher ailleurs, trop
d’éléments à charge retrouvés nous y invitent. Ces 3 femmes doivent être réhabilité officiellement
par la pose d'une plaque au Monument aux Morts de Monterfil et une stèle, à défaut de tombe, au
cimetière d'Iffendic.
Les quelques 40 courageux qui se sont déplacer au cimetière d'Iffendic le mardi 4 août pour
le 71ème anniversaire étaient bien seuls au regard de ce drame qui a tant bouleversé et sali notre
commune. Il est bon de se souvenir de ces 3 victimes, et rappeler aux familles concernées quelles ne
sont pas seules. Tout silence est complice des criminels.
Alexandre Boucard
10 allée du Closel
35160 Monterfil

Pour une vraie Réhabilitation

La famille Lesourd

Le mariage de Suzanne Lesourd, en 1932 (don de François Lesourd
Le mariage de Suzanne Lesourd, en 1932 (don de François Lesourd
Suzanne Lesourd (au centre), son mari Charles et leurs enfants Nicole et René en 1938 (don de François Lesourd
Suzanne Lesourd (au centre), son mari Charles et leurs enfants Nicole et René en 1938 (don de François Lesourd

Famille Guillard

Famille Guillard au Mariage d'Albert Guillard  en 1937 sur la photo assis en partant de la droite Germaine, 4 ème Alfred Guillard le père, auprès du marier Marie la mère
Famille Guillard au Mariage d'Albert Guillard en 1937 sur la photo assis en partant de la droite Germaine, 4 ème Alfred Guillard le père, auprès du marier Marie la mère
Albert Guillard Mort pour la France  en 1940 dans la Marne
Albert Guillard Mort pour la France en 1940 dans la Marne
Marie et sa fille Germaine
Marie et sa fille Germaine
Germaine Guillard à  20 ans
Germaine Guillard à 20 ans
1ère réunion à la Mairie de Monterfil le mardi 23 septembre 2014 en vue de la réhabilitation en présence de François Lesourd et son épouse Francine
1ère réunion à la Mairie de Monterfil le mardi 23 septembre 2014 en vue de la réhabilitation en présence de François Lesourd et son épouse Francine

La Réhabilitation le 8 Mai 2016

MONTERFIL, le 8 Mai 2016
Nous sommes le 3 Août 1944, c'est l'époque des moissons; il est environ midi,
du camp des Chênes Froids s'élève une immense fumée noire, les Allemands
avant de s'enfuir font sauter le camp des radars qu'ils ont construit au cours de
l'année 1943.
Très vite la nouvelle se répand, une colonne de l'armée Américaine passe aux 4
routes d'Iffendic; à Monterfil comme dans toutes les communes libérées, c'est la
joie.
Beaucoup se rendront le long de la route Montfort / Plélan leur porter des fleurs
et exprimer leur joie et enthousiasme aux libérateurs.
C'est dans ce contexte, au milieu d'une pagaille bon enfant, qu’un groupe de
résistants de la dernière heure profite du fait que l'autorité publique n'existe plus
pour imposer par les armes leurs lois.
Ils ont à leur tête un certain Lieutenant Legof (nom de guerre, disait-il) qui n’est
autre que Louis OBERTHUR, le fils du maire, bien connu à Monterfil pour ses
méfaits ; leur principale préoccupation est d’arrêter les femmes qui selon eux
avaient avec les Allemands des relations intimes, et de ce fait vendu des
résistants.
N'oublions jamais une chose : à cette époque l'adultère pour une femme est
passible de l'indignation, pour ne pas dire plus et qui plus est avec des boches ;
c'est l'assurance que personne ne bougera !
Les premières victimes seront 3 femmes : Marie GUILLARD et sa fille
Germaine habitant Iffendic, Suzanne LESOURD originaire de l'Aisne. Il n'est
pas inutile de rappeler les violences dont elles furent victimes, violences qui ont
dépassé en horreur tout ce que la personne humaine peut subir, les circonstances
de leur arrestation et de leur calvaire ont été rappelés dans la presse ou dans les
livres relatant le drame.
On a souvent entendu : « Mais pourquoi à Monterfil il n'y a pas eu des gens pour
intervenir ? »
D'abord le groupe avaient les armes, leur sinistre projet était préparé depuis
plusieurs jours dans le secret, avec comme accusation ce que je vous ai décrit
précédemment de plus, dans les jours qui ont précédé la libération, un résistant
bien connu dans la région André LECLERC de Talensac, sera vendu par un
milicien, arrêté par la milice, torturé à mort dans des conditions horribles ; c'est
une aubaine pour justifier les actes de ces voyous.
Que diront ils le long de leur sinistre périple en promenant les 3 suppliciées sur
plusieurs communes? « Elles ont vendu LECLERC et d'autres résistants, ah les
salopes, honte à elles » et certains joignent le geste à la parole en leur crachant
dessus.
Voilà comment ces salopards ont profité d'un drame pour se l’approprier, et
s’attirer la sympathie des habitants

.Il est coutume d'entendre ceci : « bon, les gens de Monterfil ne pouvaient pas
grand-chose face à des gens armés », mais dans les années qui ont suivi, fallait-il
que Monterfil soit sous l’emprise de la famille OBERTHUR pour ne pas réagir.
Pour bien me faire comprendre, je me permets de vous raconter une anecdote
à ce sujet, anecdote que j’ai vécue quand j’avais 15 ans, un jour de
commémoration du 11 novembre 1947, qui met en scène 2 personnages bien
connus à Monterfil :
Mr OBERTHUR, Maire de la commune pendant 39 ans, et Mr CORFEC,
couvreur de son état, interdit de séjour dans son département d’origine, passé en
conseil de guerre pour refus d'obéissance pendant la guerre 14-18, allergique aux
associations d' A C ; il néanmoins participe aux commémorations, toujours
derrière à une distance respectable, est la terreur des enfants qui ne mangent pas
leur soupe, violent quand il a bu plus que de coutume, artiste de ses mains ; il a
réalisé une sculpture en cuivre, symbole des prisonniers de guerre 39 45,
exposée à l’intérieur de cette chapelle.
Comme à l'habitude, la commémoration commence par une messe : le prêtre qui
officie, dans son sermon dit tout le mal qu'il pense de ces bals qui perdent la
jeunesse, surtout les filles de bonne famille ! c'est bon pour les traînées vouées
au feux éternels ! Fin de messe
Après la messe, le secrétaire de mairie, qui est aussi directeur de l'école
publique, débite ses informations, puis à la fin, annonce le bal qui aura lieu dans
son école.
S'avance Mr OBERTHUR ; il sort un papier de la poche de sa veste et dit tout le
mal qu'il pense d'un bal un jour de commémoration : « on ne danse pas sur les
morts pour la France ! »
Le public ne bronche pas.
Debout non loin s'avance Mr CORFEC avec sa mine des mauvais jours : « Mr
OBERTHUR, quand nous aurons fini de danser ici, nous irons danser là-bas où
se trouvent toujours ces 3 femmes, que vous connaissez ? ».
Stupeur dans le public et mouvements divers.
Mr OBERTHUR esquisse un petit sourire et s’en va.
La morale de cette histoire : il aura fallu un repris de justice, pour montrer aux
Monterfilois que le silence n'est pas la meilleure des solutions.
Par la suite, Il faut aussi souligner que la loi d’amnistie générale de 1951 facilita
l’oubli.
Il y a cependant une autre raison qui a fait beaucoup de mal dans les années qui
ont suivi ce drame : je veux parler de la rumeur, Mrs Dames.
Quelques commentaires entendus depuis ce drame

« Réhabilitation peut-être, mais on ne va quand même pas en faire des saintes,
ah cette SUZANNE d’où vient-elle ? il paraît qu'elle aurait envoyé son mari en
Allemagne ! »
La Mère GUILLARD, quelqu'un dit qu'elle avait la langue bien pendue et que sa
fille Germaine était « une traînée ».
Oh, des personnes bien sous tous rapports pouvaient dire, à ceux qui voulaient
bien l'entendre, « Mr OBERTHUR père était un bon bonhomme ; bien sûr il y a
ces 3 femmes qu'il a permis d'enterrer sur sa propriété, il a aussi fait don à la
commune de cette chapelle servant de monument aux Morts ».
Ils auraient pu aussi ajouter que parmi les 11 femmes et 5 hommes arrêtés,
plusieurs furent à cette occasion enfermés sous cette chapelle. Ceci a donné
l'occasion aux bonnes âmes de la commune et de la région, de venir à la nuit
tombante les traiter de « salopes, traînées, putains, ce n’est pas comme nous,
nous sommes des bons français » et l'ont fait entendre. Ils auraient pu ajouter
ceci : « les allemands, on les aimait bien, mais c'était pour la bonne cause. »
Mais il n’y a pas eu que des réactions négatives.
C'est ALAIN qui se souvient : « j'étais encore enfant - 9 ans- j'ai échappé à la
surveillance de mes parents, pour aller dans le bourg ; j'ai vu ces 3 femmes dans
un état que je ne peux décrire ! rentré à la maison, j'ai subi la colère de ma
maman qui m'a fait rentrer à l’intérieur de la maison quand le cortège funeste est
passé devant la ferme de la Chicane pour rejoindre le bois. Quand ce souvenir
me revient, c'est l'émotion et les larmes qui m’envahissent ».
C'est JACQUELINE, qui rappelle que Mme GUILLARD et sa fille
GERMAINE passaient souvent devant la ferme des Rousselais en Iffendic, pour
rejoindre le village de Trobry (Iffendic) où elles habitaient, en revenant de
travailler sur le camp : « Nous n'avions pas à nous plaindre elles étaient très
polies ».
C’est encore Jacqueline qui se souvient d'un midi : « Nous étions à manger, le
15 Août 1944, 11 jours après leur assassinat. Mr GUILLARD est venu à la
maison voir mon papa, dans un état de détresse absolu. S'adressant à lui :
FRANCIS : veux tu m'indiquer où se trouve ma femme et ma fille dans le bois ?
papa ne lui a pas refusé, bien que se fut très pénible pour lui. »
C'est LEON habitant le village de la Veillère, réquisitionné pour travailler sur le
camp, qui raconte : « SUZANNE, qui travaillait aux cuisines, nous invitait en
cachette des Allemands à boire un coup quand la chaleur était importante :
Surtout faites attention qu'on ne vous voit pas. Elle était très avenante, c'était
une brave personne »
C'est HENRI dont le Papa était jardinier au château: « elles ont été exposées
dans le bourg sous un soleil ardent, couvertes de croix gammées; quand on l'a
vu, on n'oublie pas ! Je revois encore l'une d'elle qui chantait dans le bourg

chanson J'attendrai ; quand je l'entends, le souvenir me revient. La chanteuse
n'est autre que SUZANNE ; elle chantait quelquefois en duo avec PIERRE le
boulanger. »
C'est MARIE, habitant le village de Haute-Lande, qui raconte se souvenir du
père recteur de la paroisse, très âgé, qui lisait son bréviaire tout en cheminant
entre Haute Lande et le Logis. Je ne sais pas ce qu'il attendait, sans doute un
signe pour voir ces femmes dont des paroissiennes, horrifiées par ce qu'elles
avaient vu dans le bourg, lui avaient parlé. Il s'avéra plus tard que Mr
OBERTHUR lui aurait dit « ne vous tracassez pas Mr le Recteur, tout se passera
bien », alors que l'on est en train de les assassiner dans le bois ! Pas de pitié pour
ces femmes qui voulaient voir un prêtre avant de mourir.
Il est illusoire de penser que Monterfil pouvait être capable de s'en sortir
seule. Aujourd'hui il est possible de mettre les choses au point ; on le doit
surtout à l’évolution des mentalités, aux moyens d'investigations dont nous
disposons, ce qui n'était pas le cas à cette époque. Le travail sérieux d’un
journaliste de « Ouest Journal » avait bien tenté de réveiller les consciences,
mais il provoqua surtout la curiosité, ce qui ne fut pas toujours un exemple de
bonnes intentions. Aujourd'hui, par le sérieux de ses recherches et écrits, il
permet à ceux qui s'intéressent à ce drame, de disposer d'une masse importante
d'informations. Mais attention de ne pas tomber dans la diffamation,
Monterfil doit sortir par le haut de cette épreuve de vérité, c’est pourquoi
nous sommes aujourd’hui rassemblés

.

 

Alexandre BOUCARD

8 Mai 2016 pose d'une plaque en souvenir des 3 victimes, au monuments aux Morts de Monterfil
8 Mai 2016 pose d'une plaque en souvenir des 3 victimes, au monuments aux Morts de Monterfil
Pierre GUILLARD petit fils de Marie et neveu Germaine et François LESOURD petit fils de Suzanne le jour de l'inauguration de la plaque le 8 MAI 2016
Pierre GUILLARD petit fils de Marie et neveu Germaine et François LESOURD petit fils de Suzanne le jour de l'inauguration de la plaque le 8 MAI 2016

Site réalisé sous la responsabilité de Alexandre BOUCARD, historien sur la commune de Monterfil

 

Correction de texte. Edmond et Henri BOUCARD

 

Textes extraits des livres:"Monterfil sous l'occupation" et "Monterfil ses Habitants, sa Mémoire"

 

 L'

 

Photo du header : retrouvée dans les archives de Pierre Leborgne, maire de Monterfil de 1945 à 1965.

 Sur la photo, 8èmeen partant de la gauche, Pierre Lefeuvre maire de Monterfil de 1965 à 1977

 

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