En plein mariage voila les B!!!!

 L'arrivée des Allemands

quelques semaines l’armée française est bousculée. Poussant vers l’Ouest, des éléments de reconnaissance allemands arrivent le 17 juin en vue de Monterfil. Des Panzers sont aux Rochelles,tourelles pointées vers le village. Le bourg est en effet tenu par des détachements de l’armée française qui conduisent des combats d’arrière garde.Des mitrailleuses sont en position, dont une à la chapelle Saint-Genou,interdisant l’entrée du bourg.Ces évènements, beaucoup de monterfilois les ont vécus. Dans les lignes qui vont suivre ils vont restituer cette journée où le drame côtoie parfois la cocasserie.A l’époque, certains d’entre eux étaient adultes, d’autres adolescents ou encore enfants. Tous n’ont pas vu la même chose, ni au même endroit, ni au même instant. Et puis, chacun, selon son âge, selon sa Après la "drôle de guerre", les troupes du IIIème Reich envahissent la France au printemps 1940. En sensibilité, selon qu’il était homme ou femme, a ressenti des sentiments divers. C’est toute cette diversité qui apparaît à travers leurs témoignages.Ce foisonnement de détails permet, 50 ans plus tard, de se faire une idée de ce que fut Monterfil ce 17 Juin 1940. Une journée pas comme lesautres …

G.D.

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Témoignage de Pierre QUIGNON qui avait 12 ans au moment des faits.

 

En plein mariage: « v'là les Boches »« Ce jour-là, le 17 juin 1940 il faisait très chaud, les gens s'affairaient au travail des foinsdans une ambiance morose, sur fond de guerre, avec de mauvaises nouvelles; le front venait d'être enfoncé et l'armée allemande se ruait sur Paris et l'Ouest.Vers 10 heures eut lieu le bombardement de la gare de Rennes et un train de munitions explosa toute la journée. Le soir, à la tombée de la nuit, un roulement pas ordinaire se faisait entendre, il se passait quelque chose du côté de Rennes.Par un temps très clair, des voisins récents, « gens du Nord qui fuyaient devant les envahisseurs» décidèrent d'aller sur Roveny afin d'écouter ces bruits, et de les situer, dans le calme de la nuit. « Ce sont les Allemands qui arrivent, ils seront bientôt à Monterfil » dirent les gars du Nord. Je sentais ces gens anxieux, ainsi que mes parents qui écoutaient dans un silence lourd. Pour ma part, à 12 ans, je ne réalisais pas très bien ce qui se passait. De fausses nouvelles annonçaient les Allemands à Chartres près de Paris. Ce jour là nous avons rencontré plusieurs fois trois hommes qui circulaient, à pied, dans Monterfil et sur les routes aux alentours... le 18 juin ils n'étaient plus là.Réfugiés ou 5ème colonne?Ce 18 juin avait lieu un mariage . J'étais choriste, répondant la messe . Au milieu de la messe se fit entendre un bruit infernal,de camions, de ferrailles, de voitures et de commandements, des voix poussant des "gueulantes"...Les invités du mariage, sortaient, rentraient, discutaient, gesticulaient. Tout à coup, une porte de la chapelle s'ouvrit brusquement : «Pierre, viens t'en venir».c'etais un père qui venait chercher son fils choriste comme moi, partit en trombe et à la fin de la messe il ne restait que quelques personnes dans l'église, dont tout de même les mariés et le Père Robin, recteur de l'époque.Le reste de la cérémonie ne fut pas long, je sortis avec les mariés sur la place de l'église.Il y avait des soldats partout, c'était une compagnie d'infanterie française venant de Chartres.Depuis deux jours les gars n'avaient plus de ravitaillement. Je cours à la maison, tout le monde était barricadé avec les réfugiés du Nord. Mon père et moi-même revinment sur la place de l'église.Parlant avec les militaires, nous retrouvions un Rennais, que nous connaissions, qui nous dit «lesBoches sont dans le bas du bourg! ». Aussitôt nous allons voir : c'était vrai !... Quatre automitrailleuses étaient stationnées devant le café Lefeuvre et derrière la Basse-Noë. Sur chaque tourelle, debout, un Allemand habillé de noir, calot noir avec une tête de mort sur une tête blonde.Ce qui fit dire à mon père: « C'est bien les mêmes qu'en 14-18 ».Pendant ce temps, neuf bombardiers allemands tournaient en rond; puis les blindés se retirèrent quelques instants et revinrent. Quelques officiers français s'approchèrent d'un tankiste avec le drapeau blanc. Ce fut la reddition. Les Allemands exigèrent le dépôt des armes à la mairie,ce qui fut fait en partie... Il était midi trente.Imaginons ce que serait devenu Monterfil, si la reddition n'avait pas eu lieu. Il suffisait de peu puisque l'infanterie avait pris position, en particulier un poste de mitrailleuse, sur le parvis de la chapelle Saint-Genou. Heureusement, elle s'enraya. Il y avait aussi de l'infanterie, de l'artillerie avec une batterie de 105 à St-Péran, neuf avions dans le ciel, et des blindés allemands vers le hautdes Rochelles !Vers 14 heures se mirent en place des estafettes à moto pour orienter les colonnes ennemies dans les carrefours. Et puis, dans un nuage de poussière, (les routes n'étant pas goudronnées à cette époque) une colonne apparue, composée de camions bourrés de soldats armés jusqu'aux dents, attelés de tous type de matériels. Ce convoi dura quatre jours et quatre nuits allant vers Iffendic. « Ya gut Angleterre!».Puis ce fut l'Occupation que l'on sait, pour plus de quatre ans. Elle nous tomba dessus comme une chape de plomb avec ses couvre-feux, ses interdictions, ses réquisitions, ses contrôles,ses perquisitions, ses arrestations, ses tracasseries administratives, ses rafles, etc... Et puis les cartes d'alimentation, les privations, surtout en ville. Les familles étaient déboussolées, abasourdies, car 35 de nos gars du pays étaient des soldats pris au piège de la défaite, certains devront subir cinq àsix ans de captivité; brisant le meilleur de leur jeunesse »

 

 

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Le camps des Chênes Froids

Ce plan es une reconstitution
Ce plan es une reconstitution

Georges Duvivier, colonel de réserve, journaliste a Ouest-France, maire de Monterfil de 1996 a 2007

Quelques précisions techniques

Le site des Chênes-Froids, judicieusement choisi par les Allemands, constituait un des maillons de leur impressionnant dispositif d’observation et de renseignement sur l’ennemi. Les deux radars implantés sur le camp de Monterfil étaient du type WÜRZBURG, mis au point par la firme Téléfunken. Cette grande structure parabolique en acier pesait 12 tonnes et mesurait 7,20 mètres de diamètre. Plus d’une centaine de ces radars jalonnait le Mur de l’Atlantique. Ils étaient capables de détecter, une dizaine de minute à l’avance, l’arrivée d’une formation volant à 500 km/heure. Leur rôle était de transmettre l’alerte aux ports de l’Atlantique,

telles les bases navales de Lorient et Saint-Nazaire. Le principe de fonctionnement de ces appareils était d’émettre un faisceau d’ondes électromagnétiques très courtes et d’en recevoir l’écho ce qui permettait de déterminer la direction et la distance des avions. Autre implantation sur le camp des Chênes-Froids : les deux antennes-gonio. On peut penser qu’elles étaient à l’écoute du trafic radio ennemi et qu’elles servaient également de relai hertzien pour la transmission des ordres allemands dans le grand Ouest. Leur puissance était telle qu’elles étaient en mesure également de correspondre avec Berlin. On comprend donc pourquoi les

anglais s’intéressaient tant " aux yeux et aux oreilles" des Chênes-Froids.

Pour servir ces équipements il fallait un nombreux personnel qualifié. D’où la présence de ces quarante femmes-soldats, toutes spécialistes des transmissions et rattachées à la LUFTWAFFE (armée de l’air allemande). On saisit mieux aussipourquoi la chasse anglaise s’en soit prise essentiellement aux bâtiments qui non seulement abritaient ces femmesmais surtout les appareils de transmission traitant, chiffrant, recevant et réexpédiant les messages et informations fournis par les radars et les antennes. En détruisant ces baraquements le camp devenait sourd et muet. Quant aux soldats, l’équivalent de eux sections (soit une soixantaine d’hommes) selon les témoignages, leur rôle consistait essentiellement en la protection interne et externe rapprochée du camp et de ses installations. Ils servaient également les deux pièces de DCA. Pour le reste, charge à eux de faire vivre le camp… avec l’aide des civils.

 

 

Témoignage de Pierre ORAIN en retraite à Bréal, né en 1920 aux Epinais.

Les Allemands nous ont dit: « On prend ça ».et rien a dire

Pour moi la construction du camp n'a commencé qu'au mois de juin 1943. On les a vus arriver avec du matériel fin juin. On se doutait qu'il y aurait eu quelque chose mais on ne savait quoi. Au début de l'année 1943, jusqu'à l'ouverture du chantier ils habitaient par le bourg, ils prenaient des photos, ils avaient des appareils pour mesurer les distances, sans doute pour faire des plans, mais tout ça était secret. On ne savait rien. La ligne de téléphone (32 fils) fut construite au début. Elle a été réalisée par des prisonniers russes. Ils sont rentrés dans les champs sans demander à personne, ils nous ont dit : « On prend ça », à nous d'enlever les récoltes ! Même s'ils ne prenaient pas tout, le champ était pratiquement inutilisable. Cela fut très vite, il y a eu deux entreprises participantes à la construction du camp, une entreprise allemande "Epler" et une française "La Parisienne", qui était dirigée par un Monsieur Tambourg. Ceux-ci travaillaient sur les radars côté Trébriand, et les Allemands côté les Epinais. Il y avait une centaine de civils à y travailler, certains même venaient du Morbihan, ainsi que toutes les personnes réquisitionnées. Il y avait un monsieur Gati, Italien, il resta au pays après la guerre.

Les baraques composées panneaux étaient amenées sur camions et assemblées sur place. Celles des femmes étaient enterrées et, tout autour, il y avait un boyau-abri de 100 mètres, recouvert de plisse d'herbe, si bien qu'on ne voyait rien. Elles pouvaient se mettre à l'abri en cas d'alerte. Nous, nous avons su quand les femmes sont arrivées, nous étions tenus de fournir du lait disons fin de l'été pour moi. Elles étaient une cinquantaine, en hommes de troupe disons : 70-80. Le commandant du camp, pour moi, n'était qu'un Lieutenant ; les derniers temps, il logeait au château.

Le matin on pouvait le voir passer vers 7 heures, à pied, dans la vallée de l'Arche. Si la résistance lui avait fait un mauvais sort, je ne sais pas ce qui se serait passé.

Au début de 1944 ils ont acheté quatre vaches et semé du grain dans les champs, faits par les agriculteurs réquisitionnés ; je pense qu'ils devaient piquer des betteraves .Les Allemands nous ont dit: « On prend ça »  Pour moi la construction du camp n'a commencé qu'au mois de juin 1943. On les a vus

arriver avec du matériel fin juin. On se doutait qu'il y aurait eu quelque chose mais on ne savait quoi. Au début de l'année 1943, jusqu'à l'ouverture du chantier ils habitaient par le bourg, ils prenaient des photos, ils avaient des appareils pour mesurer les distances, sans doute pour faire des plans, mais tout ça était secret. On ne savait rien. La ligne de téléphone (32 fils) fut construite au début. Elle a été réalisée par des prisonniers russes. Ils sont rentrés dans les champs sans demander à personne, ils nous ont dit : « On prend ça », à nous d'enlever les récoltes ! Même s'ils ne prenaient pas tout, le champ était pratiquement inutilisable. Cela fut très vite, il y a eu deux entreprises participantes à la construction du camp, une entreprise allemande "Epler" et une française "La Parisienne", qui était dirigée par un Monsieur Tambourg. Ceux-ci travaillaient sur les radars côté Trébriand, et les Allemands côté les Epinais. Il y avait une centaine de civils à y travailler, certains même venaient du Morbihan, ainsi que toutes les personnes réquisitionnées. Il y avait un monsieur Gati, Italien, il resta au pays après la guerre.

Les baraques composées panneaux étaient amenées sur camions et assemblées sur place. Celles des femmes étaient enterrées et, tout autour, il y avait un boyau-abri de 100 mètres, recouvert de plisse d'herbe, si bien qu'on ne voyait rien. Elles pouvaient se mettre à l'abri en cas d'alerte. Nous, nous avons su quand les femmes sont arrivées, nous étions tenus de fournir du lait disons fin de l'été pour moi. Elles étaient une cinquantaine, en hommes de troupe disons : 70-80. Le commandant du camp, pour moi, n'était qu'un Lieutenant ; les derniers temps, il logeait au château.

Le matin on pouvait le voir passer vers 7 heures, à pied, dans la vallée de l'Arche. Si la résistance lui avait fait un mauvais sort, je ne sais pas ce qui se serait passé.

Au début de 1944 ils ont acheté quatre vaches et semé du grain dans les champs, faits par les agriculteurs réquisitionnés ; je pense qu'ils devaient piquer des betteraves ».

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La Résistance : le groupe du Docteur Dordain

Jean Macé (à gauche) lors de son entretien avec Alexandre Boucard (au centre) au domicile Bernard Hervault, ancien Maire de Tréffendel
Jean Macé (à gauche) lors de son entretien avec Alexandre Boucard (au centre) au domicile Bernard Hervault, ancien Maire de Tréffendel

 

      Le docteur Dordain me dit: « Les Anglais ont besoin

                                d'un plan précis des Chênes - Froids »

 

«Né en 1918 à Paris (16ème), ma mère mourut lorsque j'étais jeune. J'ai été élevé à Treffendel chez des gens de notre famille. Faisant partie du bureau de recrutement de la Seine, je suis incorporé le 1er septembre 1938, au Génie à Strasbourg. Le 1er septembre 1939, veille de la déclaration de guerre, je revenais d'un stage de 4 mois à l'école du Génie à Satory, actuellement dans les Yvelines. Je fus dirigé vers le dépôt de Guerre du Génie à EpinaI. J'y suis resté quelques semaines. Ensuite je suis parti dans le secteur de Vissembourg, dans le Bas-Rhin. Comme j'avais mon brevet de spécialiste des appareils techniques et électriques, on me donna  la responsabilité d'un petit groupe de la 222ème compagnie de dépannage et de réparation sur la ligne Maginot.

 

Quand il y a eu la débâcle ceux qui étaient à l'intérieur des fortifications ont été faits prisonniers, mais mon groupe a pu s'enfuir en camion. Nous nous sommes retrouvés dans la région du Larzac (Aveyron). De là je suis allé à Montpellier où j'ai été affecté à la compagnie de DCA. Ce n'était pas mon truc, mais c'était comme ça. Enfin, j'ai été démobilisé à Lunel, dans l'Hérault.

 

Je suis revenu à Rennes travailler chez "Bernard" (garage poids lourd) rue Vanneau. Deux mois après voilà les Allemands. Ils veulent me repiquer. Nous étions 40 à l'atelier, ils en voulaient 5. J'étais un des derniers arrivés et pas de famille. J'étais bon pour le voyage. Je demande mon compte en douce, je veux repasser la ligne de démarcation. 

 

Sur la Garonne, le passeur avait été piqué la veille, c'était un jardinier, j'avais besoin de travailler, plus un rond. Je connaissais quelqu'un à Bordeaux, j'ai pu me faire embaucher et obtenir de vrais faux papiers, mais les Allemands veulent me repiquer.  Je reviens alors dans la région, mais pas en ville, je me sens plus en sécurité en campagne. 

 

En 1942, Jérôme Gesvret avait besoin de quelqu'un pour monter des gazogènes. J'en ai montés dans les fermes à plusieurs endroits pour les battages, à Monterfil notamment. J'y suis resté pendant quatre mois. Un jour Monsieur Durocher cherche quelqu'un, il était garagiste à Bréal et il avait un contrat avec la Poste pour le transport des colis. Il m'a embauché, c'est lui qui m'a fait rencontrer la résistance, il était dans le Groupe du docteur Dordain de Mordelles.  J'avais dit au docteur que je n'avais plus de parents, ni frère, ni soeur, que j'étais seul. Il ne fallait pas qu'il se gêne. Au cas où j'aurais été pris, les Allemands ne pourraient pas se venger sur la famille, car des fois, c'est ce qu'ils faisaient.

             

                       Les Anglais étaient pressés 

 

Le docteur m'avait déjà confié quelques missions. Comme ça, un jour il me dit : «Les Anglais ont besoin d'un plan précis avec photos du camp des Chênes-Froids ». Les Anglais s'étaient aperçus d'une chose: quand ils venaient pour bombarder la base sous-marine de St-Nazaire qui était en construction, chaque fois qu'ils franchissaient la Manche la DCA et l'aviation les attendaient. Or ils se sont aperçus que c'étaient les radars installés à Monterfil qui les détectaient. Dans un premier temps, ils avaient pensé avoir un espion dans leurs rangs. Ils ne voulaient pas que les Allemands s'installent sur l'Atlantique sinon ils auraient été les maîtres de tout l'Ouest. Ils ont dit être très pressés, car tous les jours ils avaient des gars qui se faisaient descendre.

 Comme une centaine de personnes travaillaient souvent sur ce camp, des gens réquisitionnés, ils pensaient qu'il fallait être précis dans l'attaque aérienne. Bien sûr ils avaient la possibilité de bombarder à 3 000 mètres mais cela pouvait être meurtrier. Avec un plan ils viendraient en rase-mottes et ils déposeraient leurs bombes où il faudrait.

Le docteur Dordain me demanda de remplir cette mission : « Tu connais bien le coin et les gens », m'avait-il dit. On se donne rendez-vous à Treffendel et comme Jérôme Gesvret connaissait bien le secteur, je lui ai demandé de venir avec nous, avec la traction du docteur. Nous sommes partis de Monterfil direction St-Péran pour traverser le camp comme de paisibles promeneurs. Au début on passait sans trop de difficulté. Tout en roulant, comme nous traversions le camp, le docteur me disait: «Tu vois les baraques, les radars, les antennes, les pièces de DCA et autres objectifs? Tu prends ton vélo, tu comptes le nombre de tours de pédales, tu mesures la longueur d'un coup de pédale et tu auras la distance entre chaque objectif». Mais Jérôme nous dit : «Il y a un truc mieux que cela ». Il connaissait le Père Gernigon, dit le Père-la-pipe, garde-chasse à Monterfil. Je le connaissais un peu, j'avais réparé sa voiture. Mais Jérôme dit qu'on pouvait lui faire confiance. C'était un ancien militaire, adjudant je crois. Il lui donna rendez-vous un dimanche matin après la messe, comme il avait accès à la mairie, il pourra nous décalquer un plan précis du camp, avec la disposition des objectifs. Après discussion il accepte et dès qu'il sera prêt il fera signe.

             

             «Je mets le pla n dans le tube de mon vélo » 

 

Entre temps je dois prendre des photos des radars et des antennes. Je m'y rends par le Gué-Charret et je laisse mon vélo chez André Pellerin mais comme il faut toujours avoir un prétexte en cas de problème, je prends mon sac à outils et fais celui qui va en dépannage à la ferme de Trébriand chez les époux Boucard François. Je connaissais, il y avait un moteur "Bernard" chez eux. Je camoufle mon appareil photo dans le sac de sorte que je puis photographier sans montrer 'appareil. J'arrive le long du barbelé non loin du radar, celui qui était à l'ouest. Là personne en vue, photo vite fait, je m'approche de Trébriand pour prendre la grande antenne de 6 mètres de haut, sur son socle en béton. Elle tourne et met une minute quarante secondes à faire son tour. Mais là, une sentinelle. Je fais celui qui allait vers la ferme et il me vient une idée. Je fais celui qui a une envie pressante. J'ignore la sentinelle qui voyant cela tourne la tête, vite fait la photo, et je continue mon chemin. Les Anglais étaient, parait-il, très pressés. Dès le soir-même, l'abbé Jacob vicaire à Treffendel, développait la pellicule.

 

Le matin, je mets le tout dans une petite boîte, je la porte chez le docteur Dordain qui n'en revenait pas que c'était déjà fait. Mais je n'avais pas le plan. Le père Gernigon devait me le remettre. Le samedi qui suivait, il m'attendait sur la route du Verger au sortir du bourg de Monterfil, à l'entrée d'une barrière (probablement à l'entrée des lagunes maintenant). Notre entrevue a été brève. Il me remet le plan, je le mets dans le tube du vélo sous la selle, mais avant de le remettre au docteur, je le décalque pour en avoir un double à la maison et que je camoufle dans une vieille voiture. Mais un jour, des enfants du voisinage, en s'amusant, tombent sur le document. Heureusement que mon cousin les a vus et comme il était au courant, il a vite ramassé le précieux document et cette fois je l'ai mis en lieu sûr. Après la guerre, je l'avais mis dans mon sous-sol à Rennes. Mais lors des inondations de 1967, l'eau est montée jusqu'au soupirail et tout a été détruit, ce fut une grosse perte pour moi, ce plan me rappelait des souvenirs que j'ai vécus intensément.

 

Les documents étaient remis par le Docteur Dordain au réseau du colonel REMY qui se chargeait de les expédier en Angleterre. Comment? C'était secret mais ça été fait rapidement. Je me suis longtemps demandé pourquoi les Anglais n'avaient pas mis leur plan à exécution et attendu le mois de juillet 1944. J'en ai déduit qu'ils avaient trouvé entre temps un système de brouillage des ondes avec les petites bandes d'aluminium qu'ils larguaient de leurs avions et que l'on retrouvait dans la campagne. C'est du moins l'opinion que je me suis faite.

           

                  La fin tragique du réseau du docteur Dordain

 

J'ai par la suite eu d'autres missions, dont une qui résidait en la remise d'un message au général Allard à Messac. J'y suis arrivé le matin en vélo, le message dans le tube. Si j'étais parti la veille au soir, comme me l'avait demandé le docteur Dordain, je serais arrivé alors que la maison

était cernée. Lorsque je suis arrivé, la gouvernante qui m'a reçu était très décontenancée. Elle m'apprit que la Gestapo était passée la veille et avait arrêté Madame Allard et sa belle fille; Monsieur Allard n'étant pas là. La gouvernante était restée avec les enfants, avec l'interdiction de sortir pendant 48 heures.

J'ai eu beaucoup de chance à cette époque. Cela faisait en effet huit jours que je venais de recevoir de nouveaux vrais-faux papiers, faits par un vrai pro... qui travaillait à la préfecture, lorsque la Gestapo a démantelé le réseau de Mordelles et qu'elle a arrêté Monsieur Durocher.

Leur PC de transmission clandestin était tout près de la gare du "petit train" de Mordelles, situé dans une baraque en bois cachée dans les jardins. Je dédie ces ligues à la mémoire de ceux qui m'ont aidé dans ma mission à Monterfil : Jérôme Gesvret mécanique agricole Treffendel, l'Abbé

Jacob Vicaire à Treffendel et le père Gemigon garde-chasse à Monterfil.

 

Voici un extrait du livre du colonel REMY (« Une affaire de trahison ». Editions Raoul Solar) : «Le jeudi 16 décembre 1943 à Mordelles, le docteur Pierre Dordain dit «le cerf» chef du secteur CND (Confrèrie Notre Dame) de Rennes est arrêté par la Gestapo. Ses deux fils qui faisaient partie d'un réseau « Action » avaient été arrêtés dix jours plus tôt. Son adjoint, Théodore Josse, a été arrêté un peu avant lui. Le samedi 18 décembre à Mordelles, les collaborateurs du docteur Dordain, Jean-Louis Persais, Hervé Vandernoot, Marcel Evrard, Edouard Durocher sont arrêtés à leur tour un peu avant l'aube. Dans la nuit à la prison Jacques Cartier de Rennes, le Docteur Dordain est mort dans les conditions les plus suspectes après une séance de torture ». Fin de citation.

 

A la libération j'ai rejoint le camp des FFI à Rennes. Puis nous avons été regroupés au camp de Coëtquidan pour former le 1er bataillon du 41ème Régiment d'Infanterie. Au mois de décembre 1944 on nous a envoyés sur la rivière d'Etel près de Lorient. Les Allemands étaient retranchés d'un côté et nous, nous les empêchions de rejoindre d'autres unités qu'ils avaient plus

loin. Nous sommes restés là jusqu'à la capitulation de l'Allemagne le 8 mai 1945. Au mois de juin j'ai été libéré à Châteauroux pour la deuxième fois. J'ai donc fait un an de rabe, mais c'était pour la bonne cause, et là j'ai repris ce qui m'a toujours passionné: la mécanique auto

 

                                     Jean Macé IRODOUER

 

    Témoignage recueillit par Alexandre BOUCARD 


 

 

Site réalisé sous la responsabilité de Alexandre BOUCARD, historien sur la commune de Monterfil

 

Correction de texte. Edmond et Henri BOUCARD

 

Textes extraits des livres:"Monterfil sous l'occupation" et "Monterfil ses Habitants, sa Mémoire"

 

 L'

 

Photo du header : retrouvée dans les archives de Pierre Leborgne, maire de Monterfil de 1945 à 1965.

 Sur la photo, 8èmeen partant de la gauche, Pierre Lefeuvre maire de Monterfil de 1965 à 1977

 

www.fnaca.org

 

 

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